Psychogénéalogie : comprendre les transmissions familiales
Nous ne venons pas au monde seuls.
Nous naissons au sein d’une famille, d’une histoire et d’une lignée qui existaient bien avant nous. Des événements, des liens, des séparations, des deuils, des silences ou des répétitions ont parfois traversé plusieurs générations.
La psychogénéalogie propose d’explorer cette histoire familiale afin de mieux comprendre la place que nous y occupons et les dynamiques qui peuvent encore résonner dans notre vie.
Elle ne consiste pas à rechercher des responsables ni à réduire notre existence à ce qui s’est passé avant nous. Elle invite plutôt à porter un regard plus large sur notre parcours, en distinguant les faits connus, les hypothèses, les ressentis et les interprétations symboliques.
Dans ma pratique, cette exploration s’appuie principalement sur le génosociogramme, la mémoire cellulaire, l’écoute du corps et l’observation des liens entre notre histoire personnelle et celle de notre lignée.
1. Qu’est-ce que la psychogénéalogie ?
La psychogénéalogie est une approche d’exploration de l’histoire familiale sur plusieurs générations.
Elle s’intéresse notamment :
- aux liens de filiation et aux places occupées dans la famille
- aux événements marquants
- aux deuils et aux séparations
- aux migrations et aux exils
- aux exclusions et aux ruptures
- aux secrets et aux non-dits
- aux prénoms transmis
- aux répétitions de dates ou de situations
- aux loyautés familiales
- aux ressources et aux forces présentes dans la lignée…
La psychogénéalogie ne cherche pas seulement à connaître les événements du passé.
Elle invite à observer la manière dont une histoire familiale peut influencer les représentations, les relations, les choix ou les façons de prendre sa place.
Certaines répétitions peuvent alors devenir plus lisibles :
- des difficultés relationnelles qui reviennent
- des situations professionnelles similaires
- des séparations survenant à des périodes comparables
- des prénoms ou des métiers transmis
- des événements qui semblent se répéter à des âges proches
- un sentiment de devoir réparer, protéger ou porter quelque chose pour la famille…
Ces observations ne constituent pas des preuves de causalité. Elles ouvrent des pistes de réflexion qui doivent être abordées avec prudence et discernement.
2. Qu’est-ce qu’un génosociogramme ?
Le génosociogramme est l’un des principaux outils utilisés en psychogénéalogie…
Il reprend la structure du génogramme, qui représente les membres d’une famille sur plusieurs générations, mais il y ajoute des informations sur le contexte historique, social, relationnel et symbolique.
On peut notamment y faire apparaître :
- les dates de naissance et de décès
- les mariages, séparations et divorces
- les fratries et les rangs de naissance
- les maladies, accidents et décès précoces
- les migrations et les changements de territoire
- les faillites ou les changements de statut social
- les secrets ou les événements restés sans parole
- les exclusions et les ruptures familiales
- les liens affectifs importants
- les prénoms transmis
- les événements survenus à des dates ou à des âges similaires.
Le génogramme permet de voir comment la famille est organisée.
Le génosociogramme invite à explorer ce qui s’est vécu au sein de ce système familial.
Il ne s’agit pas de chercher à faire entrer chaque événement dans une théorie. Le génosociogramme est avant tout un support d’observation, de questionnement et de mise en lien.
À lire également sur le blog : génogramme ou génosociogramme
3. Pourquoi explorer son histoire familiale ?
Explorer son histoire familiale peut permettre de remettre en perspective certaines expériences.
Il arrive que nous pensions qu’une difficulté nous appartient entièrement, alors qu’elle s’inscrit aussi dans un contexte familial, éducatif, social ou historique plus large.
Cette exploration peut aider à :
- mieux comprendre sa place dans la famille
- différencier ce qui appartient à son histoire de ce qui appartient aux générations précédentes
- identifier certains schémas répétitifs
- reconnaître les deuils ou les événements restés sans parole
- mettre en lumière des loyautés familiales
- retrouver les ressources présentes dans la lignée
- porter un regard différent sur son parcours.
Le but n’est pas de s’enfermer dans le passé.
Il s’agit plutôt de comprendre ce qui nous précède afin de pouvoir nous positionner plus librement dans le présent.
4. Les secrets, les deuils et les places invisibles
Certaines histoires familiales sont marquées par des événements qui n’ont pas pu être reconnus ou racontés.
Il peut s’agir :
- d’un enfant décédé
- d’une fausse couche ou d’une interruption de grossesse
- d’un deuil non élaboré
- d’une disparition
- d’une adoption
- d’un exil
- d’une exclusion
- d’un abandon
- d’une faillite
- d’une violence
- d’un changement de filiation
- d’une relation tenue secrète…
Lorsqu’un événement n’a pas trouvé de place dans le récit familial, il peut continuer à susciter des questions, des silences ou des tensions dans les générations suivantes.
La psychogénéalogie invite à redonner une place symbolique à ce qui a été oublié, écarté ou insuffisamment reconnu.
Cela ne signifie pas que tous les descendants seraient déterminés par les événements vécus par leurs ancêtres. Il s’agit de considérer que les récits, les attitudes, les silences, les modèles relationnels et les contextes familiaux peuvent participer à la construction de chacun.
À lire aussi :
- L’enfant de remplacement : comprendre l’héritage d’un deuil non résolu
- Le syndrome du gisant
- Les loyautés familiales inconscientes
5. Psychogénéalogie et mémoire cellulaire
Dans ma pratique, je relie la psychogénéalogie à la mémoire cellulaire.
Le génosociogramme permet de représenter les faits, les liens et les événements connus dans la famille.
La mémoire cellulaire invite à observer ce que cette histoire fait résonner dans le corps :
- une émotion
- une sensation
- une difficulté à prendre sa place
- un mouvement d’attirance ou de retrait
- une impression de répétition
- un ressenti difficile à expliquer.
Le corps devient alors un lieu d’écoute.
Il ne s’agit pas de considérer qu’un symptôme constitue la preuve d’une mémoire transgénérationnelle. Un symptôme physique ou psychique doit toujours être évalué dans un cadre médical ou psychologique adapté lorsque cela est nécessaire.
L’écoute corporelle est utilisée ici comme un outil d’exploration thérapeutique, permettant de mettre en relation l’histoire racontée, le ressenti présent et les représentations associées.
6. Les 18 mois fondamentaux et le projet-sens
Cette exploration peut également être mise en relation avec les 18 mois fondamentaux, parfois appelés projet-sens.
Dans mon approche, les 18 mois fondamentaux correspondent à la période qui précède et intègre la naissance.
Cette période invite à s’interroger sur le contexte dans lequel un enfant a été conçu, attendu et accueilli :
- Que se passait-il dans la vie de ses parents ?
- Quels événements familiaux avaient récemment eu lieu ?
- Dans quel contexte affectif, matériel ou social la grossesse s’est-elle déroulée ?
- Quelle place cet enfant venait-il occuper ?
- Existait-il un deuil, une séparation, une attente ou une inquiétude particulière ?
- Quels récits ont ensuite été transmis autour de sa conception et de sa naissance ?…
Ces questions ne visent pas à établir une vérité définitive sur l’origine d’une difficulté.
Elles permettent de replacer l’arrivée d’un enfant dans une histoire familiale plus large et d’explorer la manière dont cette histoire a pu être racontée, vécue ou ressentie.
À lire également : le projet sens, clé de voute du travail en mémoire cellulaire
7. Une démarche : Voir - Accepter - Transformer*
Voir
Mettre en lumière ce qui s’est vécu, ce qui se répète et ce qui semble encore agir dans l’histoire familiale.
Accepter
Reconnaître les faits et les ressentis sans les nier, sans les minimiser et sans chercher immédiatement à les expliquer.
Accepter ne signifie pas approuver ou pardonner les violences, les abandons ou les blessures.
Cela signifie reconnaître que certains événements ont existé et qu’ils ont pu laisser une trace dans les récits, les relations ou les représentations familiales.
Transformer
Transformer ne consiste pas à effacer le passé.
Il s’agit de modifier la relation que nous entretenons avec lui, de remettre du mouvement dans ce qui semblait figé et de retrouver une capacité de choix plus consciente.
Voir — Accepter — Transformer : méthode transmise par Myriam Brousse.
8. Ce que la psychogénéalogie permet et ce qu’elle ne permet pas
La psychogénéalogie peut constituer un support pour :
- explorer son histoire familiale
- organiser les informations connues
- mettre en lumière certaines répétitions
- interroger sa place dans la lignée
- reconnaître des événements familiaux peu ou mal racontés
- différencier les faits des hypothèses
- ouvrir un espace de réflexion et de transformation.
En revanche, elle ne permet pas :
- d’établir avec certitude la cause d’une maladie
- de poser un diagnostic médical ou psychiatrique
- de reconstruire un événement dont aucune trace n’existe
- d’affirmer qu’un ancêtre est responsable d’une difficulté actuelle
- de prouver qu’une répétition de dates possède nécessairement une signification
- de remplacer une prise en charge médicale, psychologique ou psychiatrique.
Tout ne peut pas être su.
Certaines informations restent fragmentaires, contradictoires ou impossibles à vérifier. Il est donc essentiel de distinguer :
- les faits documentés
- les récits familiaux
- les hypothèses
- les ressentis
- les interprétations symboliques.
Cette distinction constitue une part importante du travail.
9. La transmission familiale est-elle scientifiquement démontrée ?
Les transmissions entre générations peuvent emprunter différentes voies :
- l’éducation
- les comportements appris
- les récits familiaux
- les conditions sociales
- les habitudes relationnelles
- les traumatismes vécus dans l’environnement familial
- certains mécanismes biologiques étudiés dans le domaine de l’épigénétique.
Cependant, les résultats scientifiques ne permettent pas d’affirmer que des souvenirs précis, des secrets ou des événements familiaux seraient directement enregistrés dans les cellules puis transmis sous une forme identifiable.
Les notions de mémoire cellulaire, de cycles biologiques cellulaires mémorisés ou de correspondances symboliques appartiennent à des cadres thérapeutiques complémentaires. Elles ne constituent pas des mécanismes scientifiquement validés permettant d’expliquer une maladie ou un trouble psychologique.
Dans mon travail, elles sont utilisées comme des supports d’exploration et de mise en conscience, jamais comme des outils diagnostiques.
À lire également : transmission des traumatismes à travers les générations, éclairage de l’épigénétique
10. Comment commencer à explorer son histoire familiale ?
Vous pouvez commencer simplement par recueillir les informations concernant trois générations :
- vous-même et votre fratrie
- vos parents et leurs fratries
- vos grands-parents.
Notez les prénoms, les dates, les unions, les séparations, les décès et les événements majeurs.
Vous pouvez ensuite ajouter :
- les métiers
- les migrations
- les deuils
- les maladies
- les changements de statut social
- les exclusions
- les événements historiques
- les prénoms transmis
- les liens affectifs importants.
Lorsque vous ignorez une information, laissez un espace vide.
Lorsque vous supposez quelque chose, indiquez clairement qu’il s’agit d’une hypothèse.
Cette prudence évite de transformer une intuition en certitude.
Ressource gratuite : Télécharger le guide pour construire son génosociogramme
11. Approfondir avec les ateliers de psychogénéalogie en ligne
Construire un génosociogramme peut faire émerger de nombreuses informations, mais aussi des émotions, des interrogations et des zones d’incertitude.
Le cycle d’ateliers de psychogénéalogie en ligne propose un cadre progressif pour approfondir cette exploration.
De octobre 2026 à juin 2027, huit ateliers permettent de travailler notamment sur :
- la construction et la lecture du génosociogramme
- les transmissions familiales
- les non-dits et les secrets
- les places occupées dans la lignée
- les répétitions transgénérationnelles
- les fantômes et les gisants
- les liens avec les 18 mois fondamentaux
- les résonances corporelles associées à l’histoire familiale.
Le groupe est limité à 12 participants afin de préserver la qualité du cadre et des échanges.
12. Découvrir les conférences en ligne
Les conférences permettent d’aborder la mémoire cellulaire et la psychogénéalogie dans un format plus accessible.
Elles proposent des apports théoriques, des temps d’observation et des expériences guidées autour de thèmes tels que :
- la mémoire du corps
- les 18 mois fondamentaux
- les transmissions familiales
- les répétitions
- les liens entre le vécu individuel et l’histoire de la lignée…
Elles peuvent constituer une première étape avant de s’engager dans un cycle d’ateliers plus approfondi.
Pour mieux comprendre l’approche
Vous pouvez poursuivre votre lecture avec les articles suivants :
Génogramme ou génosociogramme ?
Comprendre la différence entre ces deux outils et apprendre à choisir la représentation la plus adaptée à votre exploration. A lire ici
L’enfant de remplacement
Explorer la place d’un enfant né dans un contexte de deuil familial et les difficultés qui peuvent accompagner cette assignation. A lire ici
Le syndrome du gisant
Comprendre cette notion utilisée en psychogénéalogie et les précautions nécessaires lorsqu’elle est évoquée. A lire ici
Psychogénéalogie et trauma transgénérationnel
Faire le point sur ce que les recherches scientifiques permettent d’affirmer et sur les limites des interprétations actuelles. A lire ici
Projet-sens et histoire familiale
Explorer les 18 mois qui précèdent et intègrent la naissance, ainsi que le contexte familial entourant l’arrivée d’un enfant. A lire ici
À propos d’Anaëlle Le Coguic
Je suis Anaëlle Le Coguic, docteure en pharmacie et thérapeute en mémoire cellulaire et en psychogénéalogie.
Après avoir exercé comme pharmacienne, j’ai choisi de consacrer mon activité à l’accompagnement thérapeutique, à la transmission et à l’exploration des liens entre le corps, l’histoire individuelle et les héritages familiaux.
Ma pratique s’inscrit dans une démarche de formation continue, de supervision et de réflexion sur les limites des approches que j’utilise.
J’accompagne aujourd’hui des personnes en individuel, en ateliers et lors de cycles de conférences et de retraites, en France, en Inde, au Canada et en ligne, dans le cadre de l’Institut Savitri – Mémoire Cellulaire & Psychogénéalogie.
En filigrane
Explorer son histoire familiale ne signifie pas vivre tourné vers le passé.
Il s’agit de comprendre ce qui nous a précédés, de reconnaître les liens qui nous ont construits et de différencier ce que nous souhaitons conserver de ce que nous ne voulons plus continuer à porter.
L’arbre familial n’est pas seulement un lieu de blessures.
Il est aussi un lieu de ressources, de liens, de courage et de transmission.
Le regarder avec plus de conscience peut permettre de retrouver une place plus libre dans son histoire.
