Génogramme ou génosociogramme ?

Comprendre la différence pour explorer son histoire familiale

Par Anaëlle Le Coguic, docteure en pharmacie et thérapeute en mémoire cellulaire et psychogénéalogie, fondatrice de l’Institut Savitri

En bref : le génogramme représente la structure familiale et les relations entre ses membres. Le génosociogramme reprend cette cartographie en y intégrant le contexte historique et social, les événements marquants, les non-dits et certains éléments symboliques utilisés comme pistes d’exploration en psychogénéalogie.

La mémoire familiale est une carte vivante.

Pour qui s’intéresse à la psychogénéalogie ou à la mémoire cellulaire, deux outils reviennent régulièrement : le génogramme et le génosociogramme. Ces termes se ressemblent, mais leur portée n’est pas tout à fait la même.

Voici quelques repères pour mieux comprendre leur différence et choisir l’outil le plus adapté à votre démarche.

1. Qu’est-ce qu’un génogramme ?

Le génogramme s’est développé dans le champ de la thérapie familiale et systémique. Monica McGoldrick, Randy Gerson et Sueli Petry ont largement contribué à formaliser et à diffuser son utilisation, notamment dans leur ouvrage Genograms: Assessment and Treatment.

Il s’agit d’une représentation graphique de la famille sur plusieurs générations.

On peut notamment y inscrire :

  • les noms ainsi que les dates de naissance et de décès ;
  • les mariages, les séparations, les divorces et les unions ;
  • les fratries, les filiations et les rangs de naissance ;
  • certains événements marquants : maladies, accidents, décès ou migrations ;
  • la nature des relations entre les différents membres de la famille.

Le génogramme permet de visualiser la structure familiale, les liens entre les personnes et certaines répétitions observables : séparations récurrentes, événements survenant à des âges similaires ou maladies présentes chez plusieurs membres de la famille.

Il constitue avant tout un outil de représentation et d’observation de l’organisation familiale.

2. Qu’est-ce qu’un génosociogramme ?

Le terme génosociogramme a été popularisé par Anne Ancelin Schützenberger, pionnière de la psychogénéalogie et autrice de l’ouvrage Aïe, mes aïeux !

Le génosociogramme reprend la structure du génogramme, mais élargit le champ de l’exploration en intégrant notamment :

  • le contexte historique et social : guerres, exils, migrations, colonisation ou catastrophes ;
  • les secrets de famille, les non-dits, les drames et les tabous ;
  • les croyances, les rites et les métiers récurrents ;
  • les prénoms transmis d’une génération à l’autre ;
  • les répétitions de dates ou d’événements ;
  • les liens affectifs, les alliances, les ruptures et les exclusions ;
  • les places occupées ou assignées au sein de la famille.

Le génosociogramme cherche ainsi à relier l’histoire individuelle à celle de la famille et au contexte dans lequel les générations précédentes ont vécu.

Il peut permettre de repérer des répétitions, des loyautés familiales ou des correspondances symboliques. Ces éléments constituent des pistes d’exploration et doivent être envisagés avec discernement, sans les considérer comme des liens de causalité démontrés.

3. Génogramme vs génosociogramme : la différence clé

Le génogramme représente principalement la structure de la famille et les relations entre ses membres. Il rassemble des informations factuelles et permet d’obtenir une vision claire de l’organisation familiale sur plusieurs générations.

Le génosociogramme s’appuie sur cette première cartographie, mais y ajoute une lecture plus large de l’histoire familiale. Il prend en compte le contexte social et historique, les événements marquants, les non-dits, les exclusions, les répétitions et les liens symboliques qui peuvent traverser une lignée.

Autrement dit :

  • le génogramme aide à comprendre qui appartient à la famille et comment ses membres sont reliés ;
  • le génosociogramme invite à explorer ce qui s’est vécu, transmis ou répété au sein de cette histoire familiale.

Le premier dessine la structure de l’arbre.

Le second cherche à faire apparaître les histoires, les relations et les dynamiques qui circulent entre ses branches.

4. À quoi servent ces deux outils ?

OutilObjectif principalContenu
GénogrammeCartographier la structure familialeDonnées factuelles : filiations, dates, unions, séparations, décès et événements marquants 
GénosociogrammeExplorer l’histoire familiale et les transmissions entre les générationsStructure familiale, contexte historique et social, relations, non-dits, répétitions et éléments symboliques

Une image pour mieux comprendre

Le génogramme peut être comparé à une carte routière : il représente les principales voies et les liens qui relient les différents membres de la famille.

Le génosociogramme reprend cette carte et y ajoute le relief, le climat, l’histoire des lieux et les chemins secondaires.

Il ne montre donc pas seulement comment les personnes sont reliées. Il invite également à explorer ce qui s’est vécu autour de ces liens et la manière dont cette histoire peut encore résonner aujourd’hui.

Lorsque certaines répétitions, certains blocages ou certaines difficultés à prendre sa place semblent s’inscrire dans une histoire familiale plus large, l’article « Quand l’arbre familial pèse sans que l’on sache pourquoi » permet d’approfondir cette dimension du travail transgénérationnel.

5. Dans ma pratique en mémoire cellulaire

Dans ma pratique, j’associe la lecture du génogramme à celle du génosociogramme.

Le génogramme offre une première représentation de la structure familiale. Le génosociogramme permet d’approfondir cette exploration en faisant apparaître les événements marquants, les silences, les places occupées par chacun et certaines répétitions au sein de la lignée.

La lecture du génosociogramme constitue l’un des axes centraux du cycle d’ateliers de psychogénéalogie en ligne proposé par l’Institut Savitri.

J’y associe une attention particulière :

  • aux ressentis corporels et émotionnels ;
  • aux événements survenus à des âges ou à des périodes similaires ;
  • aux liens entre l’histoire familiale et les 18 mois fondamentaux, qui précèdent et intègrent la naissance ;
  • aux schémas qui semblent se répéter dans le parcours de vie.

J’utilise également, comme outil d’exploration, les cycles biologiques cellulaires mémorisés proposés par Marc Fréchet. Ils consistent à rechercher des correspondances temporelles entre différents événements d’une vie.

Cette lecture appartient au champ des approches thérapeutiques complémentaires. Elle ne constitue pas un modèle scientifique validé et les correspondances repérées ne doivent pas être interprétées comme des liens de causalité démontrés.

Ce travail ne remplace en aucun cas un diagnostic médical ou psychiatrique, ni une prise en charge par un professionnel de santé.

Il s’inscrit dans un chemin de conscience fondé sur trois mouvements : Voir – Accepter – Transformer

6. Comment commencer ?

Tracer un premier génogramme

 

Commencez par représenter trois générations :

  • vous-même et votre fratrie 
  • vos parents et leurs fratries 
  • vos grands-parents.

Inscrivez les prénoms, les dates de naissance et de décès, les unions, les séparations ainsi que les principaux événements connus.

 

L’enrichir progressivement

 

Ajoutez ensuite les éléments qui permettent de replacer chaque personne dans son histoire :

  • les migrations et les exils 
  • les guerres et les événements historiques 
  • les métiers et les changements de situation sociale 
  • les deuils, les ruptures et les exclusions 
  • les croyances, les traditions et les rites familiaux 
  • les prénoms transmis 
  • les événements survenus à des dates ou à des âges similaires.

Lorsque certaines informations sont incertaines, notez-les comme des hypothèses à vérifier, et non comme des faits établis.

 

Observer ce qui résonne

 

Prenez le temps d’observer ce que cette représentation fait émerger :

  • des émotions 
  • des souvenirs 
  • des interrogations 
  • des répétitions dans vos relations ou vos choix de vie 
  • certaines sensations corporelles.

Ces ressentis peuvent ouvrir des pistes de réflexion, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir l’origine d’un symptôme ou une relation de cause à effet.

7. Télécharger gratuitement le guide

Vous souhaitez construire votre génosociogramme pas à pas, en toute autonomie ?

Vous pouvez télécharger gratuitement le guide conçu pour vous accompagner dans la recherche des informations, la représentation de votre arbre et l’observation des principales répétitions familiales.

Explorer votre histoire familiale dans un cadre structuré

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Pour aller plus loin

  • Livre clé : Aïe, mes aïeuxAnne Ancelin Schützenberger
  • Article de référence : Katia Rouff, « Génogramme et génosociogramme : pourquoi ils peuvent aider les travailleurs sociaux » (2004).
  • Ouvrage de référence : Monica McGoldrick, Randy Gerson et Sueli Petry, Genograms: Assessment and Treatment (4ᵉ éd., 2020).

Conclusion

Le génogramme et le génosociogramme sont deux portes d’entrée vers la connaissance de soi.
Le premier dresse la carte ; le second révèle les paysages cachés.
Ensemble, ils permettent d’explorer l’héritage invisible qui façonne nos vies.

Prendre le temps de les créer, c’est déjà commencer à transformer son histoire.

Comme le dit Anne Ancelin Schützenberger :

« Ce qui n’est pas exprimé s’imprime. »

 

Ressources supplémentaires

Voici un lien utile pour accéder aux publications de Monica McGoldrick (en français) sur STM Cairn info :
Publications de Monica McGoldrick sur STM Cairn

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